L’amour existe – Lyrisme de la banlieue

dans Courts métrages/Critiques/Documentaires/Rétrospectives par

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« Longtemps, j’ai habité la banlieue. » Si L’amour existe ne débute pas tout à fait par le célèbre « Longtemps, je me suis couché de bonne heure », le court-métrage de Maurice Pialat se place bel et bien sous le signe de Marcel Proust. Dans ce documentaire de 1960, premier film professionnel du réalisateur, Pialat nous entraîne avec une fulgurance poétique dans les méandres de sa mémoire, entre souvenirs intimes et réminiscences d’enfance. Une enfance passée à Courbevoie, bercée par l’ennui et les salles de cinéma, seul échappatoire à la morosité. La banlieue y est dépeinte comme un territoire bâtard, où se mêlent tristesse de l’exil, mise au ban de la capitale, et nostalgie de la campagne. La mélancolie profonde du réalisateur arraché à son Auvergne natale rejoint celle des retraités, vieux travailleurs fatigués et trompés dans leur espoir de repos, qui projettent sur des murs gris et places désertées sensations, odeurs, voix chères et disparues. Début et fin se font écho et créent une boucle poignante où vibrent, tel un éclat lumineux, « l’heure lointaine qui revient du pays de leur enfance ». À ces regrets qui étreignent le cœur s’ajoutent le vague à l’âme d’un imaginaire perdu ; l’impressionnisme des guinguettes bucoliques d’Auguste Renoir et la magie d’un Georges Méliès dont les studios ont été détruits. « Ainsi merveilles et plaisirs s’en vont, sans bruits. » Mais, tout comme les salles de cinéma apportaient la rêverie au petit Pialat, transfigurant son quotidien, son cinéma transcende le banal, les merveilles disparues ressurgissent et la beauté et l’émotion sont là.

Maurice Pialat livre une part d’intime, partageant et usant comme matière cinématographique ses souvenirs et ses influences. Le cinéma a toujours été essentiel mais la peinture a été la première voie qu’il suivit, formé aux Arts décoratifs dont il remporte le concours en 1942 et ne cessant de peindre entre 1940 et 1947. L’exposition « Pialat, peintre et cinéaste » accueillie à la Cinémathèque française en 2013 a permis la découverte de nombreuses toiles qui témoignent de ce pan important de la personnalité du cinéaste. On en retrouve notamment la trace dans sa filmographie avec l’un de ses films les plus connus, Van Gogh (1990-1991) où Jacques Dutronc interprète le peintre tourmenté mais aussi dans À nos amours (1983) où l’artiste à l’oreille coupée, ainsi que Pierre Bonnard, sont cités.

Si la peinture est évoquée dans son œuvre, la littérature y trouve aussi sa place. La voix-off rédigée ici par Pialat et récitée par Jean-Loup Reinhold témoigne de son goût pour l’écriture. Son caractère poétique voire lyrique évoque les documentaires réalisés par Alain Resnais ou Agnès Varda à la même époque. Mais c’est surtout au mouvement de la Nouvelle Vague auquel on pense devant ce film. La participation musicale de Georges Delerue, célèbre compositeur partenaire de François Truffaut et de Jean-Luc Godard, crée une filiation entre Maurice Pialat et le groupe des Jeunes Turcs. Le nom de Pierre Braunberger au générique souligne encore ce parallèle. Figure importante du cinéma français, producteur de Jean Renoir et de Luis Buñuel, il a lancé la bande des Cahiers en produisant les premiers courts-métrages de Truffaut, Godard mais aussi les films d’Alain Resnais, Chris Marker et Jean Rouch, creuset créatif propre à une époque dont on retrouve les traces dans L‘Amour existe. Malgré le succès du court-métrage qui a remporté le prix Louis Lumière et une récompense à la Mostra de Venise, c’est en 1968 que Maurice Pialat réalise son premier long métrage L’enfance nue, soit plus de dix ans après Les 400 coups auquel on l’a souvent comparé, ne participant pas à l’aventure Nouvelle Vague.

Si le cinéaste se démarque comme une sorte d’ovni du cinéma français, L’amour existe observe quelques similarités troublantes avec la bande des Cahiers. « Aux confins de ma mémoire, un train de banlieue passe comme dans un film. La mémoire et les films se remplissent d’objets qu’on ne pourra jamais plus appréhender. » Cette réflexion rappelle étrangement un discours tenu par François Truffaut à Jean-Pierre Léaud dans La nuit américaine : « Les films avancent comme des trains dans la nuit. », réplique qui nourrira une querelle entre Truffaut et son acolyte Jean-Luc Godard. En mai 1973, ce dernier écrit une lettre à son ancien complice : « Tu dis : les films sont de grands trains dans la nuit, mais qui prend le train, dans quelle classe, et qui le conduit avec le “mouchard” de la direction à côté ? Ceux là aussi font les films-trains. Et si tu ne parles pas du Trans-Europ, alors c’est peut-être celui de banlieue, ou alors celui de Dachau-Munich, dont bien sûr on ne verra pas la gare dans le film-train de Lelouch. » Les trains tristes de banlieue traversent sans cesse le film de Pialat, tel un fil conducteur. Indubitablement, ils évoquent d’autres trains, chargeant le film d’un sens plus terrible encore, référence aux drames du XXe siècle. Les plans des grands ensembles où les noms des habitants sont remplacés par des chiffres, sont qualifiés « d’univers concentrationnaire » par la voix-off et accompagnés d’une composition où les cordes et la clarinette se font âpres, violents, à l’ironie grinçante. Musique qui n’est pas sans rappeler les symphonies de Dmitri Chostakovitch, compositeur russe dénonçant le totalitarisme stalinien. Un plan sur un panneau renversé dans la nuit et la boue, portant l’inscription « Rue Oradour sur Glane » évoque « l’énorme vacarme torturé du monde », comme l’exprime Michel Leiris. Les images qui jaillissent dans notre esprit à la lecture de ce nom résonnent avec celle d’un lit tordu et déformé par un incendie, celui d’un bidonville qui « existe à trois kilomètres des Champs-Élysées ». La mémoire personnelle du réalisateur se mêle à une mémoire plus vaste, historique « douleur intime du poète » et « horreurs de la guerre », comme l’écrit Leiris (De la littérature considérée comme une tauromachie), pour dénoncer le présent. Intime et poésie mènent au politique.

Si Maurice Pialat s’est détourné du documentaire une fois lancé dans le long métrage et s’il a perdu en lyrisme pour aller vers encore plus d’aridité, on reconnaît dans sa filmographie ce rapport étroit au réel et cette désespérance. Alors que la banlieue est encore aujourd’hui le lieu de préjugés et de débats, L’amour existe vient aiguiser notre regard sur l’actualité et conserve ainsi toute sa force, sa pertinence et sa beauté.


Bande annonce:


L’amour existe
France – 1960
Date de ressortie: 19 avril 2017
Durée : 19mn
Scénario et réalisation : Maurice Pialat
Voix-off: Jean-Loup Reinhold
Musique : Georges Delerue
Photographie : Gilbert Sarthre
Montage : Liliane Korb, Kenout Peltier
Production : Pierre Braunberger
Distribution: Solaris distribution