Mise à mort du cerf sacré – Un, deux trois

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Un. Deux. Trois. Détonation. Un. Deux. Trois. Personnages. Le film court à leur perte. Lequel le hasard va-t-il choisir pour mourir ?

Martin. Un jeune homme qui pourrait être comme les autres. Mais qui ne l’est pas. Il entretient une relation avec Steven, le chirurgien qui n’a pas sauvé son père de la mort. Le chirurgien qui a tué son père. Martin s’immisce dans la vie du docteur, rencontre sa famille, le présente à sa mère. Il laisse son poison invisible nourrir leurs rapports malsains, jusqu’à avoir une incidence physique inexplicable sur le corps des enfants de Steven, Robert et Kim. Martin se fait alors soldat d’une justice aveugle. Il veut faire subir au chirurgien ce que lui-même a souffert et lui pose un ultimatum. S’il ne tue pas l’un des membres de sa famille, ils mourront tous les trois progressivement d’un mal inconnu :

  1. Paralysie des jambes
  2. Perte totale d’appétit
  3. Saignement des yeux
  4. Mort.

Cette progression létale se retrouve à l’échelle du film qui nous entraîne dans un mal-être de plus en plus profond. Les conversations avec Martin paraissent d’abord banales mais perturbent peu à peu sans qu’il n’y paraisse, par des mots en trop, des questions intimes. Une gêne mise en exergue par une caméra intrusive. De lents mouvements dans les couloirs et les pièces de la maison donnent au spectateur l’impression de ne pas être à sa place, de voir ce qu’il ne devrait pas. Les décors et le cadre sont quotidiens, la lumière naturelle. Mais les angles des prises de vue et la lenteur des plans créent une angoisse largement entretenue par la musique : stridente, grinçante, crissante. Lenteur, lenteur de l’archet sur les cordes du violon. Puis accélération subite criarde. L’atmosphère tendue tient donc beaucoup à la musique qui se fait d’autant plus inquiétante quand elle est absente et laisse le silence exprimer la peur des personnages qui se savent pris au piège. Ils sont perdus dans le champ très large de la caméra qui embrasse de grands espaces vides où les voix résonnent étrangement, où des corps se trainent sur leurs mains faute de force dans leurs jambes.

Le film est à la frontière du surnaturel et là réside tout le malaise. La maladie de Robert et Kim a tout de la malédiction, elle est ordonnée par Martin. Pourtant, tout le corps médical essaie de l’expliquer de façon tout à fait rationnelle. Ce réalisme voulu détruit la barrière que nous pourrions placer entre l’histoire et le réel, et le spectateur est saisi dans la réalité de son effroi. Le film est une roulette russe qui suspend notre respiration. Steven tourne, tourne, tourne au milieu de sa famille. La mort de l’un délivre les autres.

Un. Deux. Trois.


Bande annonce:


Mise à mort du cerf sacré (The Killing of a Sacred Deer)
Grande-Bretagne – 2017
Date de sortie: 1er novembre 2017
Durée : 2h01
Réalisation : Yórgos Lánthimos
Scénario : Yórgos Lánthimos & Efthymis Filippou
Montage : Yorgos Mavropsaridis
Image : Thimios Bakatakis
Son : Johnnie Burn
Décors : Jade Healy
Costumes : Nancy Steiner
Producteurs : Ed Guiney & Yórgos Lánthimos
Production : Element Pictures & Film4
Interprétation : Colin Farrell, Nicole Kidman, Barry Keoghan, Alicia Silverstone, Raffey Cassidy, Sunny Suljic, Bill Camp.
Distributeur France: Haut et Court